L’Orthodoxie

l’Église comme Tradition – Du Canon des Écritures

En général la Bible est un univers , un organisme mystique dans lequel nous ne réussissons à vivre que partiellement. Le caractère inépuisable de la Bible provient pour nous et de son contenu divin et de cette diversité, et, aussi, de nos propres limitations qui varient avec l’histoire. La Bible est comme les constellations éternelles qui scintillent au-dessus de nous dans le ciel, alors que nous nous mouvons dans l’océan de l’existence et que nous contemplons leur aspect immuable en même temps que leur position nouvelle par rapport à nous.

Il est fort important d’établir la relation convenable et juste entre la Parole de Dieu et la Sainte Tradition dans la vie de l’Eglise. D’abord, l’on peut considérer la parole de Dieu comme la source unique ou première de l’enseignement de la foi et le « biblisme », comme la manifestation la plus importante de l’ecclésialité dans le protestantisme. Dès lors, le Christianisme devient une religion du livre, celle de « scribes » néo-testamentaires ; il n’est plus la religion de l’esprit et de la vie. Cependant, si on ne la considère que comme un livre, la Bible cesse d’être la Bible ; elle n’est telle que dans l’Eglise. « l’orthodoxie » biblique, qui s’est développée dans certaines branches du protestantisme et dans des sectes, dessèche le christianisme et le transforme en légalisme. On ne saurait l’entendre historiquement que comme une opposition dialectique contre la négligence et la méfiance envers la lecture du texte sacré, qui en étaient arrivées à un antibiblisme et à l’interdiction pour les laïcs de lire la Bible dans le catholicisme médiéval.

Il est évident que, en principe, la Bible peut se trouver entre les mains de tout membre de l’Eglise. En fait, le degré de biblicisme correspond au niveau de la culture ecclésiale. Il diffère selon les peuples. La première place revient naturellement au protestantisme. Interdire aux laïcs de lire la Bible constituerait aujourd’hui une hérésie détestable et il semble que ce ne soit plus le cas nulle part. Toutefois, à cause de l’intime relation entre l’Ecriture et la Tradition, que quelqu’un ne connaisse pas la Bible n’entraîne pas nécessairement qu’il soit privé de toute éducation chrétienne, car celle-ci se complète par la tradition vivante, orale, liturgique, iconographique, etc. L’Eglise a pu exister aux meilleurs temps de son histoire sans parole écrite : il en va de même, jusqu’à un certain point, pour l’époque actuelle dans certaines couches de l’Eglise.

Le chrétien peut et doit avoir sa relation personnelle, sa vie propre avec la Bible, de même qu’il a sa prière personnelle. Il acquiert une telle relation quand il se nourrit longtemps et constamment de la parole de Dieu. Nous en trouvons le modèle chez les Pères, dont le discours est si profondément imprégné de l’Ecriture : il démontre qu’ils pensaient avec celle-ci, qu’ils en vivaient. Ainsi, la parole de Dieu devient une source inépuisable d’enseignement.


Commentaire/Analyse




L’image du Père est parfaite. Les étoiles au dessus de nous semblent immuables, tout autant qu’inaccessibles. Et pourtant, nous savons par la science et la logique élémentaire que nous bougeons, et donc ces étoiles qui semblaient immuables sont également changeantes dans le rapport que nous entretenons à elles. Pendant longtemps, une fois le positivisme arrivé au sommet de son triomphe, on a cru que le Christ n’avait pas sué du sang, ou que de l’eau et du sang n’étaient pas sortis de son côté sur la Croix. Tout ceci était des images littéraires (de bon niveau ou non, selon l’empathie de l’exégète avec son texte). Et puis, justement la science a été prise à son propre piège. On a appris qu’une personne soumise à un stress immense, peut, parfois, suer jusque du sang. On a appris qu’une personne torturée pendant des heures et qui meurt par asphyxie voit sa cage thoracique se remplir avec de l’eau. Ainsi, c’est bien de l’eau, en plus du sang qui est sorti du côté du Christ. Il a véritablement sué du sang à l’approche de sa passion. On voit la véracité des Écritures ici, car sans paraître hautain avec les évangélistes, ils n’avaient probablement pas les connaissances médicales suffisantes pour forger un faux d’aussi bonne qualité. Ils se sont contentés de dire la vérité. Ainsi, bien que l’idée de progrès soit une chimère adolescente à l’occident, dans le domaine de la compréhension littérale de la Bible, il s’agit d’une réalité. Pour ce qui est de la compréhension symbolique, tropologique ou eschatologique (les autres niveaux de lecture traditionnels chez les Pères), cela dépend alors du génie du Père et de la volonté de dévoilement de l’Esprit. L’Esprit dévoile chez certains et par certains ce qu’il a voilé pour tous.

Le Père aborde via l’exemple protestant la problématique de la Bible dans l’Orthodoxie. Pour le protestantisme, la Bible est le centre de tout. On a déjà vu que dans l’Orthodoxie, l’Église est le centre de tout, et l’Église produit sa collection de textes saints, collection appelée communément Bible. Si l’on considère l’Église comme une réalité uniquement à partir du Christ (du point de vue chronologique), alors les textes de l’Ancien Testament son reçus par l’Église, et elle produit les nouveaux comme l’aboutissement des anciens. Le Père Serge a une théologie très intéressante d’Église vétéro-testamentaire, d’Église avant la fondation officielle de l’Église par le Christ. Cette Église est la manifestation de l’Esprit qui soufflait déjà sur les hommes avant que le Christ ne vienne. Théorie magnifique si l’on veut bien considérer ceci : toute la logique des textes anciens était de montrer les critères d’identification du Messie. Ainsi l’Église vétéro-testamentaire a méthodiquement consigné pendant des siècles ce que l’Esprit révélait sur celui qui allait venir un jour, tandis que l’Église du Nouveau Testament consigna les actes de celui qu’elle avait reconnu comme celui qui était attendu. Le peuple orthodoxe aujourd’hui a une plus grande dévotion pour les acathistes, pour les diverses prières que pour la Bible. En restant centré sur la liturgie inchangée pour l’essentiel, l’Orthodoxie est assurée de ne pas tomber dans les ornières du catholicisme romain ou du protestantisme. Néanmoins, cette distanciation d’avec le texte biblique fait peine à voir.

D’autant que chez les Pères de l’Église, s’ils avaient une intense vie liturgique et une intense vie de prière, il n’en était pas moins vrai qu’ils avaient également une vie intense de biblistes. Leurs homélies, leurs commentaires, leurs pensées, leurs traités, leurs canons sont remplis de citations de l’Écriture. Ainsi puisque les Pères sont des modèles, les fils conséquents se doivent de faire de la Bible un livre qu’on lit tous les jours. La Bible est un livre qui doit être lu intégralement sur une période d’un an. C’est un minimum. Il faut choisir des livres selon ses goûts ou selon ses interrogations et les étudier avec sérieux : lire les commentaires des Pères, lire les commentaires recevables du point de vue de l’Orthodoxie. La Bible doit devenir un membre de nos vies. Sinon, ce n’est pas vraiment la vie.