Saint Antoine le Grand - Apophtegme 5

texte original roumain

Zis-a avva Antonie către avva Pimen : "Acestea este lucrarea cea mare a omului : greseala lui să o pună asupra sa înaintea lui Dumnezeu şi să aştepte ispita până la răsuflarea cea mai de pe urmă."

traduction proposée

Père Antoine a dit à Père Pimène : « ceci est l’œuvre la plus importante pour l’homme : placer sa faute devant Dieu et attendre la tentation jusqu’à son dernier souffle. »




Commentaire/Analyse

Cet apophtègme contient une grande partie de ce qui détourne les hommes du Christ : une vision peu enthousiasmante de combat sans fin contre la tentation. Sans fin s’entend ici jusqu’à la mort. Toute notre vie, nous allons lutter contre la tentation. Il y a ici une double erreur pour cette lecture. La première serait de définir le critère de vérité selon le critère de confort. Une religion ne se mesure pas au confort qu’elle procure mais à la vérité de sa doctrine. La plupart de ceux qui sont dans cet écueil repoussent la religion au profit de la spiritualité. J’imagine que nous avons tous rencontré quelqu’un déclarant être spirituel (car non matérialiste) mais certainement pas religieux, amalgamant généralement la religion avec la guerre et l’endoctrinement. Ceci montre des faiblesses de raisonnement certaines par rapport à la vérité. Les vraies questions à se poser sont plutôt du genre : Dieu existe-t-il ? Le récit de la Genèse est-il vrai ? Moïse a-t-il reçu la révélation du Sinaï ? Le Christ est-il ressuscité le troisième jour comme le disent les Écritures ? Quel malheur que les gens se disent plutôt : quelle est l’Église prêt de chez moi ? Est-ce que le prêtre est sympathique ? Il est d’ailleurs étonnant de voir que pour la santé physique les gens sont prêts à faire davantage de kilomètres pour s’assurer de trouver le meilleur endroit, tandis que pour l’Église, le plus prêt sera le mieux. Pourquoi ne pas se demander si le prêtre a la juste doctrine plutôt que de se demander s’il est sympathique ? La vérité, donc, avant tout, comme premier critère. Ainsi, ce que dit Antoine est vrai : la tâche de l’homme la plus importante est cette lutte contre la tentation, jusqu’à la mort !

Mais en ce cas, le destin de l’homme est tragique ! Oui !!! trois fois oui !!! La quête du bonheur de la civilisation occidentale essaie de masquer cette réalité tragique. Elle essaie de masquer la réalité de la vieillesse, de la maladie et de la mort. Saint Antoine le Grand n’a pas le temps pour ce genre de pudeur hypocrite. Notre unique horizon est la mort, et jusque là, notre seul programme est la tentation. Qu’est-ce que la tentation ? Le moment où notre liberté est mise à l’épreuve. Ainsi, nous pourrions présenter ainsi, sous un jour plus doux, ce qu’Antoine voulait dire, dans un mode guerrier : la tentation est le moment où nous pouvons, librement choisir de vivre en harmonie avec la volonté divine ou selon notre volonté propre. Ceci nous renvoie vers une vision différente de la liberté. Qu’est-ce que la liberté selon le monde ? Nous pensons spontanément que la liberté est le fait de faire ce que nous voulons. Mais la liberté est le fait de faire la volonté divine. Ceci peut paraître tout à fait contradictoire avec l’idée première de liberté. Mais la tragédie humaine doit nous renvoyer vers la certitude que ce que nous pensons être l’expression de notre liberté n’est pas « nous ». Ce sont des injonctions extérieures. Ce sont des nécessités de la vie. Ce sont des évidences de survie. Etc, etc. Chaque choix vers Dieu est une libération supplémentaire. Chaque choix contre Dieu est une aliénation supplémentaire. A la rigueur, on pourra consentir à reconnaître que toute aliénation volontaire est une forme de liberté, mais un choix contre Dieu est une liberté contre la liberté. Tout choix pour Dieu est une liberté pour la liberté. Saint Antoine préfère rester sur le terrain philologique de la tentation, car il veut nous rappeler qu’il s’agit d’une lutte. Le chrétien est un lutteur. Son plus grand ennemi, il le voit chaque matin devant son miroir.