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(6) La seconde proposition, qu’il n'existe pas deux substances égales, se démontre en disant que toute substance est parfaite en son genre ; s'il y avait deux substances égales, il serait nécessaire que l'une déterminât l'autre ; celle-ci ne serait donc pas infinie, comme nous l'avons précédemment démontré.

(7) Quant au troisième point, à savoir qu'une substance ne peut en produire une autre, si quelqu'un soutenait le contraire, nous demanderions : la cause qui produirait cette substance aurait-elle les mêmes attributs qu'elle, ou non ?

(8) Le second est impossible, car rien ne vient de rien. Reste donc le premier. Alors nous demandons de nouveau : dans cet attribut, qui serait la cause de l'attribut produit, la perfection est-elle moindre ou plus grande que dans l'attribut produit ? Elle ne peut être moindre par la raison déjà donnée, ni plus grande, car l’autre serait alors limité, ce qui est contraire à ce qui a été démontré. Donc la perfection devrait être égale, et par conséquent les deux substances seraient égales, ce qui est encore contraire à la démonstration précédente.

(9) En outre, ce qui a été créé n'a pu être créé de rien, mais a dû nécessairement sortir de quelque chose d'existant ; or que le créé ait pu sortir de ce quelque chose, sans que celui-ci en fût en rien diminué, c'est ce que notre entendement ne peut comprendre.

(10) Enfin, si nous voulons rapporter à une cause la substance qui est le principe des choses qui naissent de son attribut, nous aurons aussi à chercher la cause de cette cause, et de nouveau la cause de cette cause, et cela à l’infini. De telle sorte que s'il faut enfin s'arrêter et se reposer quelque part, autant le faire tout de suite dans cette substance unique.



Commentaire/Analyse

les points 6 à 9 sont des conséquences des raisonnements précédents dont j’ai montré les failles en logique et en théologie. Inutile donc de revenir dessus. Le point 10 par contre est très intéressant car utilisé à l’identique par nombre de penseurs : Aristote et Leibniz pour la philosophie qu’elle soit antique ou moderne, et Saint Jean Damascène par exemple du côté de la théologie, qui énonce cette argument d’enchaînements infinis de causes dans le tout début de son exposé de la foi orthodoxe. Le point 10 nous renvoie à un point de pure logique qui devrait rendre les personnes au moins déistes. C’est l’argument qui répond à cette question : l’univers a-t-il un début ou bien a-t-il existé de toute éternité ? si l’on répond qu’il a existé de toute éternité, alors il y a un temps infini dans le passé. Si le temps dans le passé est infini, je ne peux jamais atteindre l’instant présent que je suis en train de vivre. Or, puisque je vis le présent, c’est qu’il n’y a pas dans le passé un temps infini pour arriver sur la ligne du temps jusqu’au présent. Si le temps avant moi n’est pas infini, il est fini. Donc, il y a un moment qu’on peut appeler origine (qui n’est pas le big bang, j’y reviendrai une autre fois).

Le temps ici me sert à suivre cet enchaînement infini de causes dont parlent Spinoza, Aristote ou Leibniz. Si la cause de ma cause est causée par une infinité de causes, je ne peux jamais advenir. Donc, puisque j’adviens, alors le nombre de causes qui me font advenir n’est pas infini. Il faut bien qu’il y ait une cause sans cause. C’est cela la première rencontre logique avec Dieu. C’est en cela, par ce simple raisonnement, que le Saint Apôtre Paul estime que ceux qui ne croient pas en Dieu n’ont pas d’excuses (αποκαλυπτεται γαρ οργη θεου απ ουρανου επι πασαν ασεβειαν και αδικιαν ανθρωπων των την αληθειαν εν αδικια κατεχοντων διοτι το γνωστον του θεου φανερον εστιν εν αυτοις ο θεος γαρ αυτοις εφανερωσεν τα γαρ αορατα αυτου απο κτισεως κοσμου τοις ποιημασιν νοουμενα καθοραται η τε αιδιος αυτου δυναμις και θειοτης εις το ειναι αυτους αναπολογητους διοτι γνοντες τον θεον ουχ ως θεον εδοξασαν η ηυχαριστησαν αλλ εματαιωθησαν εν τοις διαλογισμοις αυτων και εσκοτισθη η ασυνετος αυτων καρδια rendu par “La colère de Dieu se révèle du ciel contre toute impiété et toute injustice des hommes qui retiennent injustement la vérité captive, car ce qu’on peut connaître de Dieu est manifeste pour eux, Dieu le leur ayant fait connaître. En effet, les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité, se voient comme à l’oeil, depuis la création du monde, quand on les considère dans ses ouvrages. Ils sont donc inexcusables, puisque ayant connu Dieu, ils ne l’ont point glorifié comme Dieu, et ne lui ont point rendu grâces; mais ils se sont égarés dans leurs pensées, et leur coeur sans intelligence a été plongé dans les ténèbres.” Rm 1:18-21). Le minimum que l’on puisse admettre c’est d’être déiste, c’est-à-dire quelqu’un qui pense que Dieu est, mais qui en suite n’en a pas une définition qui soit lié à une révélation. En cela, Spinoza est un déiste total : son dieu n’est que le produit de sa réflexion. Son Dieu n’a jamais agi pour aller vers la créature. Il n’y a pas de mouvement descendant dans son système. Uniquement, un système ascendant, de l’homme vers Dieu. L’orthodoxie, surtout au niveau du psautier sait être ascendante, mais en réponse à une descente initiale divine. Dieu a l’initiative.